par Sébastien de Cornuaud-Marcheteau
C’est un vernissage plein de surprises qui s’est déroulé à la galerie Kayodé, lundi soir. Surprise, parce que l’ensemble des œuvres (10 artistes de Sténopé ont relevé le défi des “Miniatures”), étaient pudiquement voilées, tant et si bien que nul dans la salle ne savait ce qu’avait créé les autres artistes… Il a fallu attendre l’ouverture officielle de l’exposition pour que chaque artiste, un à un, dévoile son travail.
Alors qu’il n’y avait eu absolument aucune concertation entre les artistes participants, il s’est dégagé étonnamment 2 grands axes autour de l’idée de “Miniatures” : le premier axe, plus thématique, s’est condensé autour de la représentation de la boîte, ce conteneur de mondes multiples et denses, tandis que le second, plus formel, mettait en scène des matières — bois, métal, verre, minéraux — suscitant, par analogie, à notre imaginaire des mondes miniatures protéiformes.
La boîte comme circonscription, comme frontière d’un monde fermé, complet et intègre. Ces boîtes, ce sont celles de nos collections multiples et improbables, ce sont nos mondes miniatures de fétichistes à peine voilés, celles qui renferment nos secrets, nos histoires vécues ou rêvées, nos bouts de nous rangés comme des perles sur le fil du temps. La boîte ainsi évoque simultanément le montré et le caché, l’exhibition de l’intimité secrète, la révélation de nos inhibitions. Lorsqu’on est enfant, on rêve de posséder une boîte merveilleuse qui enfermerait toutes les choses précieuses trouvées au hasard des chemins, ou encore qui recèlerait les mystères de la vie dont on serait le seul détenteur. Ce monde miniature et secret c’est la boîte de photographies que découvre Amélie Poulain dans une cachette de son ancien locataire : en ouvrant la boîte, ce ne sont pas des photos qu’elle découvre, c’est un univers perdu, une cosmogonie infinie qui surgit…
Dans sa boîte à photos, Bernard Brisé a amoncelé des photos, en petit format, représentant des douleurs. Libre à chacun, explique-t-il, de manipuler ces traces de douleurs physiques ou morales, éparses comme les pièces d’un puzzle, et de les assembler afin de reconstituer la douleur qui nous ressemble, afin d’en trouver une représentation visuelle. Boîte qui amoncelle les indicibles douleurs ; boîte à pharmacie pour tenter de mettre à distance ce qui fait mal ; boîte comme un miroir déformant qui nous rassure en rétrécissant ces douleurs qui, d’ordinaire, nous semble gigantesques et insurmontables.
La boîte d’Olivier Boivinet fait songer à ces endroits, atelier à l’abandon, desserte au fond du jardin, sous-sol encombré d’outils, dans lesquels les traces d’une activité arrêtée depuis longtemps restent perceptibles dans l’espace figé. Comme si l’activité avait été soudainement interrompue, comme si celui qui portait ce pinceau, ce tube, ce morceau de bois peint, ces matrices, s’était volatilisé en une seconde en laissant derrière lui le fossile de son activité et l’énergie attenante encore palpable. Olivier a retenu de « miniatures », son origine chromatique, ce rouge qui impose une persistance sur la rétine. Miniature, explique-t-il, provient du mot latin minium, un oxyde de plomb orangé hautement toxique, qui donna comme nom à ceux qui le manipulaient le nom de miniator. Du rouge aux fourmis rouges gravées, de l’outil à l’œuvre réalisée, l’œuvre fourmille de détails…
Sandrine Ferradou a ouvert sa boîte sous nos yeux terrifiés — et l’on entendait même des supplications du public pour qu’elle soit refermée — et pour cause, puisque c’est la boîte de Pandore dont il s’agit. Sandrine détaille les funestes allégories qui s’en échappe : la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie, la Passion mais aussi l’Espérance qui reste le rempart essentiel contre tous les maux de la terre.
« Miniatures » évoque une activité très développée de nos jours : le maquettisme, et la miniaturisation de tout ce qu’il est possible d’imaginer. Arnaud Bertrande révèle une photocomposition très surprenante, une vue de la Gare d’Orsay dont on reconnaît la voûte alla Eiffel, qui observée dans le détail, prend des allures de maquette avec des personnages minuscules et figés comme des effigies… de telle sorte qu’on ne sait plus vraiment qui, des statues ou des visiteurs, contemple l’autre dans sa fixité. La confusion gigantesque/miniature est parfaitement amenée et Arnaud nous prouve qu’il est toujours possible de mettre une gare en boîte.
L’acte créateur n’échappe pas au mythe de la création première, celle qui fit passer la matière à l’état de vie. Cette pierre philosophale qui donne au golem sa vie, qui extrait Adam de la glaise, qui souffle au Pinocchio de Carlo Collodi1 l’once d’âme qui lui manque. La matière nous est étrange et étrangère par son apparente inertie, rien en apparence ne l’anime2, rien ne semble la transcender… La matière ce n’est ni la vie, ni la mort… Et pour cause, le matérialisme est devenu le substrat culturel dominant dans nos sociétés occidentales pour lesquelles l’animisme est une forme de superstition archaïque et primitive (au sens péjoratif du terme bien entendu). La posture de démiurge est-elle dans le geste qui créé ? ou dans l’œil qui regarde ?
D’une racine trouvée dans un jardin, puis travaillée, Christian Vincens, fait apparaître un arbre étrange et polymorphe, dans lequel l’imaginaire vagabond trouve un nombre infini d’analogies, à la manière des tâches de Rorschach. Au pied de cette arbre mystérieux, figurent quelques interprétations photographiques exprimant le point de vue de l’artiste. Têtes, mâchoires de dinosaures, oiseau, etc… chaque partie prise isolément ou en contrepoint d’une autre transforme dans notre imaginaire sa résonance.
François Robert lève le voile sur des petits visages minéraux, cailloux à peine modifiés, concrétions aux formes tarabiscotées… L’anthropocentrisme pose question : sommes-nous moins pierre que ces cailloux sont humains ? Sommes nous moins proté-iformes que ces cailloux auxquels nous ressemblons ? Par une intervention minimaliste, François Robert, transforme notre regard, tend à lui donner une acuité propre à observer des cailloux que nous aurions tout simplement ignorés dans la vie quotidienne.
Le travail de Luc Villard, absent pour des raisons professionnelles, fut présenté par Christian Vicens… L’arbre à poissons qu’il nous propose est fascinant. Il fait évidemment écho à cette pratique (qu’on jugerait rapidement comme kitch) qui consiste à monter un bateau dans une bouteille. Sauf qu’ici l’objet a pris de la profondeur en explorant plutôt les fonds marins à l’intérieur d’un… bocal. Cette œuvre finalement fait le lien entre ces deux axes présentés précédemment : la matière — fagot, noyaux de fruit, verre, métal — s’anime à l’intérieur d’une boîte qui en constitue son microcosme. Les poissons flottent littéralement dans l’eau et regardent avec curiosité les spectateurs comme des œuvres d’art situées de l’autre côté de l’aquarium.
Il faut, pour terminer, souligner la qualité des “miniatures éphémères” présentées par Alain Texier, petites bouchées succulentes par leur image, leur goût, miniatures tellement craquantes et croquantes qu’il n’en est rien resté…
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Sténopé remercie chaleureusement tous les participants qui ont tous contribué à la réussite cette exposition et de cette soirée en particulier : Christian Vicens, l’hôte de Kayodé qui nous accueille toujours avec cet enthousiasme que tout le monde lui connaît, les organisateurs et coordonnateurs de cette soirée, les artistes, Monsieur Jean Touzeau, Maire de Lormont, accompagné de deux adjoints, Mme Bellocq et Monsieur Quertinmont qui nous firent l’honneur de leur visite, merci également aux visiteurs curieux, gastronomes ou en culottes courtes…
Place aux images !
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Un grand merci à tous ceux qui sont venus au vernissage. Merci à Kayodé, notre espace d’expression libre, la plus grande boîte que l’on ai trouvé pour exposer nos émotions, nos passions… Et merci à tous ceux qui viendront découvrir cette exposition où chaque artiste vous propose un voyage au bout de nos émotions.
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